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Épargner ou investir : quelles différences ?

L’épargne permet de conserver une somme immédiatement utilisable pour faire face aux imprévus. L’investissement sert à faire fructifier un capital plutôt que de le laisser fondre sous l’effet de l’inflation. La bonne attitude consiste à épargner ce dont on risque d’avoir besoin à coût terme et d’investir le surplus. Épargner et investir sont deux démarches complémentaires.
Pour un musulman, investir n’est pas interdit en soi car tout gain ne relève pas du riba. Il importe surtout de choisir des supports et des mécanismes d’investissement qui respectent les principes de la finance islamique.

Épargner mensuellement est une attitude saine, mais insuffisante pour thésauriser efficacement ou préparer tous vos projets. Peut-être êtes-vous de ceux qui mettent 200, 300 ou 500 euros de côté chaque mois. Vous épargnez, oui, fort bien, mais avec quel succès ?

D’où l’importance de bien distinguer l’épargne de l’investissement. Chez beaucoup, cette différence est confuse, alors que les deux démarches ne répondent pas au même besoin.

D’une part, vous conservez un peu de vos revenus, dans l’idée de pouvoir en disposer lorsque ce sera nécessaire. D’autre part, vous employez cet argent en espérant qu’il produise un rendement. Deux besoins. Deux légitimités.

Pas question, donc, de choisir l’une, à l’exclusion de l’autre. Ce qui compte, c’est de déterminer combien conserver et combien investir, ce qui n’a de sens qu’en fonction de votre situation et/ou de vos projets.

Pour de nombreux musulmans, une interrogation supplémentaire vient se glisser dans l’équation : qu’est-ce qui est permis ? Comment générer du gain sans percevoir de riba, c’est-à-dire en respectant les grands principes de la finance islamique ?

Quelle différence entre épargner et investir ?

Épargner c’est mettre de l’argent de côte. Que ce soit sous un matelas, dans une tirelire, une enveloppe A5 ou un compte : il s’agit toujours de dresser une séparation physique entre l’argent et vous. Par ce moyen, on tâche de faire face aux imprévus qui se présentent inévitablement. Acheter un nouveau réfrigérateur. Changer de voiture. Autant de situations qui supposent d’avoir conservé une épargne dite « de précaution ». Elle évite d’avoir à s’endetter ou à vendre un bien sous l’effet de la contrainte.

Investir c’est confier son argent à une personne ou une institution dans le but de le faire grossir (ou grandir ou avoir des petits). Ce que l’on appelle « faire fructifier un capital ». En contrepartie, il vous faut accepter une part de risque et, le plus souvent, d’immobiliser l’argent investi pendant une certaine durée.

Très simplement, si vous laissez sur votre compte 300 des 2 500 euros gagnés chaque mois, vous épargnez. Si vous employez cette somme pour acquérir un actif appelé à prendre de la valeur ou à produire un revenu, vous investissez.

La principale différence entre ces démarches repose donc sur la fonction de l’argent.

Inutile donc de les opposer. Ces deux démarches sont naturellement complémentaires. Elles s’articulent. En fait, avant de faire travailler votre argent, la vigilance impose de conserver suffisamment de liquidités pour ne pas stopper votre investissement en cas de difficulté.

Pourquoi épargner ne suffit-il pas toujours ?

Parce que cela coûte cher ! Épargner vous coûte de l’argent. Une raison, une seule : l’inflation. L’épargne en est la première victime, une victime souvent invisible.

Figurons-nous un caddie de supermarché classique. Il contient de l’huile, des pâtes, du sucre, des produits d’hygiène et de beauté. Il coûte 100 euros à la caisse aujourd’hui, mais peut-être coûtera-t-il 120 euros dans deux ans. Dans ce cas, même si vous n’avez pas perdu le moindre centime sur votre compte courant, votre pouvoir d’achat sera néanmoins nettement entamé.

Voilà le triste paradoxe d’une épargne qui dort : même si le montant de votre compte reste fixe, ce qu’il permet d’acheter diminue.

L’inflation est une force contraire.

C’est aussi pour cette raison que l’accumulation d’argent en vue d’un projet, durant 10 ou 15 ans, s’avère trop souvent inefficace. Pendant que vous épargnez, le prix du logement convoité, par exemple, progresse et vous maintient à distance.

S’il faut toujours rappeler que l’investissement s’accompagne d’un risque de perte, il faut également rappeler une autre vérité : ne pas investir aussi. Vous risquez alors de voir l’inflation grignoter progressivement la valeur réelle de votre patrimoine.

Est-ce que l’épargne rémunérée existe en islam ?

Non. L’épargne rémunérée équivaut à duriba car il s’agit d’une somme déposée dont la rémunération est garantie par avance.

Cela ne concerne d’ailleurs pas uniquement la France. Les comptes de banques islamiques sous d’autres contrées appartiennent à la catégorie des comptes d’investissement. On y partage les bénéfices avec la banque mais, contrairement aux intérêts d’un livret bancaire, l’investissement s’accompagne d’un risque de perte.

Faut-il investir toute son épargne ?

Non. Évidemment pas. Le principe d’épargne de précaution est fondamental pour mener sa vie financière en « bon père (ou bonne mère) de famille ». Il s’agira d’une somme sur laquelle vous pourrez immédiatement compter pour assurer l’achat imprévu ou absorber le coup dur.

Le musulman doit aussi considérer la protection assurantielle dont il dispose réellement. En France, les contrats d’assurance conventionnels contreviennent au droit musulman, notamment en raison du gharar, du maysir ou du riba. D’où l’importance de disposer de cash pour affronter les aléas.

Ici ou là, on entend que la bonne épargne de précaution équivaut à 3 mois de salaire ou 6 mois de dépenses. Ce sont des repères, mais ce ne sont que des repères et ils ont leurs limites…

La question du statut en est une : le fonctionnaire et l’entrepreneur n’ont pas la même stabilité de revenus. Le train de vie en est une autre : le célibataire sans enfant, qui aime bien vivre, ne se projettera pas de la même manière que le couple avec 4 enfants.

Aussi, il est bon de commencer par une auto-évaluation au moyen de quelques questions de bon sens telles que :

  • Que se passera-t-il, sur le plan financier, si je perds mon emploi ?
  • Quelles dépenses essentielles devrais-je continuer à assumer ?
  • Combien de personnes ai-je à charge et pour combien de temps ?
  • À partir de quelle somme puis-je estimer que je bénéficie d’une sécurité financière ?


Cette dernière question est très subjective. Deux personnes disposant exactement des mêmes revenus et des mêmes charges n’auront pas le même besoin de sécurité.

Retenez que l’épargne de précaution n’est pas universellement chiffrable. C’est un montant qui se calcule au regard de votre propre situation.

Le reste est susceptible d’être investi.

Quand passer de l’épargne à l’investissement ?

Après avoir considéré quels sont les projets à court terme. Ceci, car il ne suffit pas de constituer son épargne de précaution et d’investir tout ce qui reste.

Parmi vous, certains prévoient un mariage ou l’achat d’un second véhicule. D’autres envisagent des travaux ou savent qu’il leur faudra présenter un apport immobilier conséquent.

Plus précisément encore, songez à ce que vous pourriez avoir à financer au cours des 3 prochaines années.

En conséquence, l’argent dont vous aurez prochainement besoin ne peut pas, ne doit pas, être exposé aux mêmes risques que celui destiné aux objectifs dans 3 ou 30 ans.

Tout investissement doit donc être pensé avec deux éléments : une somme et une échéance.

Voici la logique à l’œuvre :

  1. Je détermine l’épargne dont j’ai besoin pour faire face aux imprévus.
  2. J’identifie les sommes nécessaires à mes projets à court terme (inférieurs à 3 ans).
  3. Je peux envisager d’investir le capital restant selon mes objectifs et mon horizon.


En conclusion, votre capacité d’investissement ne dépend pas du solde de votre compte bancaire, elle dépend directement de votre situation personnelle.

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